Ascension du Mont Blanc en famille : immense test psychologique

Publié le par Julien HOLTZ



Mercredi 23 aout, il est 8h30. Tempête de ciel bleu. Le calvaire vient de s'achever. C'est comme quand on passe la ligne d'arrivée à la fin d'une cyclosportive de 200 bornes avec le vent dans le nez, sauf que là ... c'est la mauvaise carburation de notre moteur, le corps humain, qui nous épuise au fur et à mesure que l'on monte. J'ai écrit et mis en ligne un carnet de route sur mon site web pour partager cette expérience unique et donner pleins de détails aux internautes qui projettent de tenter l'ascension du  Mont Blanc .

Si je parle d'alpinisme sur un blog de vélo c'est que j'ai trouvé de très fortes similitudes dans l'expérience que j'ai vécu en gravissant le Mont Blanc :

    CYCLISME   ALPINISME
         
LE MATERIEL : besoin d'accessoires pour pratiquer   vélo, chaussures, casque, cuissard   crampons, batons, casque, piolet ...
         
RAPPORT A LA NATURE : sport outdoor, lutte  contre les "éléments"   Lutte contre le vent   Lutte contre la raréfaction de l'oxygène
         
GESTION D'UN EFFORT longue durée   cyclosportive de 190 km = 5h15   ascension Mont Blanc = 33 heures
         
DEFI PSYCHOLOGIQUE : ne baisser les bras sous aucun prétexte   Tenir pour rester dans le peloton de tête   Lutter contre soi même lorsque l'on souffre du mal de l'altitude
         
TECHNIQUE GESTUELLE : faire les bons gestes pour économiser de l'énergie   coup de pédale, cadence de pédalage, braquet, ergonomie   cadence de marche, vitesse ascensionnelle, maitrise crampons, technique d'escalade, maitrise cordée et équilibre





Je participais à la cordée de l'opération "La Montagne à l'état Pur" initiée par Jean Marc Peillex, le Maire de Saint Gervais, dont le slogan est : "Ne laissons dans la montagne que la trace de nos pas". J'ai suite à cette aventure humaine et physique rédigé un carnet de route détaillé (impressions, sensations, doutes, découverte, dépassement de soi, détails et étapes de l'ascension) pour à la fois marquer le coup et partager avec ceux qui projettent de grimper le Mont Blanc un maximum d'informations. Extraits du carnet route et moment forts de l'ascension :

Entre le Nid d'Aigle (2372 m) et le Refuge de Tête Rousse (3167 m) : " ... Poussière, terre, cailloux, rochers sont parsemés le long du chemin (...) Des petits pas, presque la moitié d’une foulée que nous ferions dans les rues de Paris. La tête mi baissée, non pas pour se recueillir mais pour observer les pas de celui qui précède. Un pas lent, des respirations profondes pour fuir l’essoufflement (...) Le 3ème tiers de la randonnée vers le refuge de Tête Rousse est le plus délicat comparativement au début depuis le Nid d’Aigle. La grimpette est plus verticale avec des lacets raccourcis. Quelques passages légèrement escarpés avec un câble en guise d’assurance ..."

Entre le Refuge de Tête Rousse (3167 m) et celui du Gouter (3817 m) : " ... Nous nous encordons les uns aux autres. Olivier notre guide sera le premier de cordée, (ayant le moins d’expérience) je serai deuxième et Antoine le dernier de notre cordée. Olivier passe la corde dans le baudrier d’Antoine et la noue autour de son mousqueton. Il tire environ 1,50m de corde puis la passe dans mon baudrier (...)

 « De loin cette aiguille du goûter ressemble à une falaise, d’en bas, elle semble moins pentue, et quand on est dedans finalement elle est quand même bien pentue !!! » (dixit Olivier Dufour). Nous allons passer trois heures pas forcément agréables où je vais me découvrir une appréhension certaine du vide, pas paralysante mais stressante au point que parfois je me mette à parler sèchement à Antoine ou Olivier Daligault lorsque j’ai une marche compliquée à franchir. Je me montre pour une fois à fleur de peau.(...)

Plusieurs fois, je marque un temps d’arrêt dans notre rythme d’ascension pour observer mes prises, voir où je pourrais poser successivement mes mains et mes pieds. Plus on peut se servir de ses bras et moins on accumule de fatigue sur les jambes qui seront l’élément moteur de la suite de l’ascension lors de la marche vers le sommet. Un effort accompagné des bras semble moins solliciter le cœur qu’un effort avec les jambes seules. Malgré tout j’arriverai au refuge avec une pointe au testeur à 164 pulsations / minute et une sensation d’essoufflement qui va disparaître aussi vite qu’elle n’est apparue. L’un des principaux savoir faire des guides est de savoir gérer le rythme. Olivier Daligault m’avouera plus tard qu’il est à 105 puls à la montée comme à la descente ! Étonnant. (...)

Véronique Billat conseille davantage une respiration profonde qu’une multitude de micro ventilations. En montagne, tout se fait lentement, on respecte le corps, on se respecte soi, on respecte l’élément qui nous entoure et nous accueille. Tout comme en plongée en bouteille, il faut avoir une grande conscience de son corps et de ses possibilités. Si l’on veut aller en haut, il ne faut pas avancer plus vite que son corps ne le dicte. La loi des randonnées en montagne n’est pas la même que celle d’une expédition en haute montagne. Les guides appellent ça une course. Mais en réalité, cela n’a rien d’une course. Pas le ryhtme, pas la vitesse, pas le chrono ... "

L'ascension du Dome du Gouter (3817 m - 4237 m) : " ... Ca crisse encore et toujours. Ma lampe frontale éclaire entre mes pieds et ceux d’Olivier Daligault. Mais je me force justement à viser ses pieds pour relever la tête, les épaules et le buste pour in fine ne plus glisser. Devant, de plus près que tout à l’heure, le ruban de lumière s’est transformé en des trios de lucioles avec des halos de lumières qui bougent sur la neige. Ces lucioles ne sont plus plaquées sur le décor, elles bougent et surtout il faut relever la tête pour pouvoir les apercevoir maintenant que nous sommes dans le mur. (...)

Mon guide, Olivier, a été extraordinaire dans cette aventure et en particulier à ce moment-là de notre ascension lorsque vers 4200 mètres, l’altitude se montre pernicieuse et vicieuse. Lorsqu’elle vous prend par derrière sans vous avoir prévenu. Parfois en foot, en rugby, les coachs remettent leurs joueurs dans le droit chemin en leur parlant, voire un poussant un coup de gueule à la mi-temps d’un match. Olivier a fait ça à travers son comportement. Il m’a écouté, en marchant, il m’a laissé m’exprimer, en marchant, il m’a aidé à libérer ce poids de la souffrance qui pesait de plus en plus lourd, en marchant, et c’est parce qu’il ne s’est pas arrêté pour écouter mes doléances et trouver des solutions que je lui suis reconnaissant. En ne s’arrêtant pas, il m’a tiré vers le haut, comme, quand je suis en peloton à Longchamp et que personne n’est là pour m’aider à rester dans les roues. En maintenant la vitesse de marche (parce qu’il sentait aussi que nous en étions capables), mon guide m’a forcé à passer au dessus de mes sensations. Merci Olivier ! ... "

 

L'ascension de l'Arête des Bosses au sommet (4550 m - 4810 m) : " ... Cette arête des Bosses ressemble à une lame de couteau avec quelques crans arrondis. Nous devrons slalomer d’un coté et de l’autre de ce fil de neige ténu en suivant une trace faite par les hommes, défaite par les chutes de neige, et refaite par les hommes. Le vide est à 2 pas, les crevasses nous attendent béantes, d’où nous sommes, nous ne les voyons pas mais elles sont juste à coté, là ! Les séracs qui paraissent si petits de Saint Gervais sont immenses ici.  (...)

Plus que jamais, désormais c’est un pied devant l’autre. Chaque pas est un effort dissociable des autres. Chaque pas compte. Le prochain comme le dernier qui nous sépare du sommet. (...)

Le souffle court, je n’écoute plus que lui. Le bruit de nos pas est encore plus caractéristique : ce crissement soyeux d’une semelle qui piétine et écarte les cristaux de neige et de glace. Les bras balans, je tente tant bien que mal de lever celui porte le piolet pour le planter en amont et m’en servir de point d’appui mais souvent peine perdue … J’ai le disque dur qui ralentit irrémédiablement, je sens revenir le dédoublement de personnalité (...)

Une fois repartis dans le ressaut au dessus du Rocher de la Tournette, (...)  je ne vois pas encore le sommet mais je le sens tellement fort juste là, derrière ce monticule hostile. Ma gorge se serre tout d’un coup et me remonte dans le nez … j’ai un poids sur l’estomac et sur la poitrine … j’ai du mal à respirer … j’essaie de prendre des respirations profondes mais ça ne passe pas … ça ne fait qu’empirer … une goûte commence à perler au creux de mon œil … c’est une larme ! Oui ce que je suis en train de vous décrire c’est l’émotion à l’état pur ! Je suis emporté dans de profonds sanglots. (...)

Chaque pas sur cette arête semble me coûter l’énergie de 100 pas en bas dans la vallée. J’ai l’impression qu’Olivier est notre bœuf et qu’il tire comme un forcené sa cordée vers le haut alors que non, Antoine et moi avançons comme il faut, sans trop tendre la corde qui nous relie à notre guide. Entre hallucinations et délires maniaco-psychotiques, je sens qu’il n’y a plus grand-chose à grimper. J’aperçois à portée de sprinter des paquets d’alpinistes qui ne bougent plus. Serait-ce le sommet ?

... "

J'espère vous avoir donné envie de lire en entier ce carnet de route sur mon site web www.julienholtz.com et j'espère qu'il vous donnera envie un jour de grimper le Mont Blanc !

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Publié dans C'est mon aventure

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M
<br /> <br /> Merci de nous faire partager cette belle aventure ! bonne continuation.<br /> <br /> <br /> <br />
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M
félicitations pour le Mont Blanc .......et félicitations pour le super récit qui fait rêver les gens qui y pensent et veulent se préparer à ce fabuleux rêve/ challenge.....<br /> Bravo<br /> Une passionnée de montagne...
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C
<br /> bonjour, ce n'est pas un article mais un petit mail de félicitation, je viens de découvrir votre site passion velo.blog par le plus grand des hasards et je l'ai trouvé très complet et très clair :)<br /> cordialement<br />
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